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Grand Paris : les départements d’Ile-de-France font front commun contre un big bang institutionnel

Mardi 10 octobre, le président de la Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel a dit aux côtés des présidents des 6 autres départements d’Ile-de-France sa ferme résolution de ne pas laisser la réforme du Grand Paris en approche casser l’outil opérant des Départements.

« Au-delà de nos sensibilités, nous avons cette même vision de ce que nous incarnons en tant que Départements et vers où nous souhaitons aller »
L’image est assez exceptionnelle : sept présidents de conseils départementaux alignés côte à côte dans la salle de conférence de l’Assemblée des départements français (ADF), au-delà de leurs tendances politiques.


Les raisons de cette union sacrée ?

La contestation d’une réforme institutionnelle annoncée comme imminente qui verrait la Métropole du Grand Paris absorber d’un côté les départements de petite couronne (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Hauts-de-Seine) et laisser à la porte les autres (Essonne, Val d’Oise, Yvelines et Seine-et-Marne), à l’exception de quelques communes.

Après la création de la métropole du Grand Paris au 1er janvier 2016, guère visible jusqu’à présent à l’exception des réalisations du Grand Paris Express, le président Emmanuel Macron a en effet annoncé une accélération conséquente dans le processus de métropolisation. Une grande conférence territoriale du Grand Paris est ainsi prévue pour début novembre.

Mais avant même cette conférence, d’inquiétantes rumeurs ont déjà filtré sur les intentions du gouvernement : la disparition des départements de petite couronne qui seraient noyés dans un ensemble de 7,2 millions d’habitants et le remplacement de l’actuel maillage du territoire par une grille de 11 communautés d’agglomération - les nouveaux Etablissements publics territoriaux - censés mettre en musique les décisions de la superstructure. Une réforme contre laquelle les 7 présidents de département d’Ile de France étaient mardi vent debout.


« Un big bang territorial »

« M. Macron a visiblement un scénario écrit à l’avance qu’il a décidé de baptiser de « big bang territorial ». J’ai surtout peur que ce ne soit un trou noir pour nos services publics de proximité », s’inquiétait ainsi Stéphane Troussel. Pas hostile au principe d’une métropole en soi, le premier élu de Seine-Saint-Denis avait en revanche beaucoup à redire sur le traitement de choc qui se profile.

« En supprimant les départements de petite couronne, on va casser des outils qui ont fait leurs preuves comme les crèches départementales, les parcours d’éducation artistique et culturel, le chèque réussite de 200 euros (que tous les élèves scolarisés dans un collège public de Seine-Saint-Denis perçoivent à leur entrée en 6e, ndlr). Mais qui derrière va reprendre ces compétences ? Qui en a le savoir-faire ? Sous prétexte de je ne sais quelle volonté modernisatrice, ce sont encore les habitants qui sont le plus dans le besoin qui vont trinquer ».


La légitimité démocratique

Sur sa lancée, le président de la Seine-Saint-Denis avançait un second argument battant en brèche cette métropole : la légitimité démocratique. « A chaque élection, tout le monde verse des larmes de crocodile sur la participation électorale en baisse et en même temps, on confie de plus en plus de pouvoirs à des structures non élues ou dirigées par des responsables élus au 2e ou 3e degré ». Les dirigeants de la MGP actuelle ont en effet été élus via les différents conseils municipaux des villes impliquées.

Le président du Val-de-Marne, Christian Favier, allait dans le même sens : « Je pose la question : en quoi les départements ont-ils failli à leurs missions, pour qu’on veuille les faire disparaître ? C’est bien simple : en 30 ans de décentralisation, sur tous les sujets, nous avons fait mieux que l’État. Et la raison est très simple : nous sommes une assemblée élue. Aujourd’hui : quand il y a un dysfonctionnement, il est possible d’aller trouver son conseiller départemental. Demain, qu’en sera-t-il dans une métropole de 7 millions d’habitants ? C’est un affaiblissement des services de proximité... »

Ces représentants de deux entités de la petite couronne étaient rejoints par leurs homologues de la grande couronne, qui flairaient quant à eux un danger d’un autre type. « Ce projet revient tout simplement à créer un nouveau périphérique entre la petite et la grande couronne. On voudrait créer des populations ayant l’impression d’être laissées pour compte qu’on ne s’y prendrait pas autrement », alertait Jean-Jacques Barbaux, président du département de Seine-et-Marne.


« Quel Grand Paris voulons-nous ? »

Dans les dernières ébauches de métropole ayant filtré, le Grand Paris se limiterait en effet à la zone urbaine la plus densément peuplée, laissant de facto à l’écart des territoires ruraux ou semi-ruraux déjà affectés par des problématiques d’enclavement ou de paupérisation. « Inacceptable » pour les sept présents qui défendaient tous une métropole épousant le périmètre de la région Ile-de-France.

Car une fois de plus, le propos pour n’était pas forcément l’abandon de tout projet de métropole. « La question est plutôt : quel Grand Paris voulons-nous ? », intervenait ainsi Patrick Devedjian avant d’esquisser les contours d’une métropole « ambitieuse, solidaire et démocratique ». Et pour le président des Hauts-de-Seine, ambition rimait avec « renforcer l’attractivité de la France ». « On peut tout à fait imaginer une métropole qui intervienne sur des thématiques de transports longue distance, sur les aéroports, les gares, le tourisme, ce qui ne sont nullement des compétences départementales. »

Et dans la foulée, Devedjian, beau joueur, se faisait même le défenseur d’une Seine-Saint-Denis à la croisée des chemins à l’heure où elle se prépare pour le défi des Jeux olympiques 2024. « C’est le moment où la Seine-Saint-Denis et Paris sont en charge des Jeux, et c’est maintenant qu’on voudrait créer un vide institutionnel ? Honnêtement, il faut m’expliquer... »

Pour Stéphane Troussel, l’heure était en tout cas à l’offensive : le président de la Seine-Saint-Denis a annoncé la mise en ligne d’une pétition de défense des services publics de proximité sur le site du Conseil départemental.

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